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Le Civisme

Tout enseignement de morale, sans une application pratique quotidienne, est inutile.

Les plus grands penseurs de l’Antiquité jusqu’au début du XXIème siècle, ont exprimé sous tous les cieux, les fondements de notre éthique, de notre morale, de notre vie sociale. Ils les ont enseignés librement, dans de petits cercles d’adeptes, ou dans des Écoles, d’où sont issues des idées philosophiques, religieuses, et des idées politiques.

Ces idées furent initialement destinées aider l’humanité à se gouverner avec sagesse, et à comprendre le monde dans lequel nous vivons.

Pourquoi en dépit de ces idéaux, l’humanité du XXIème siècle s’en éloigne de plus en plus, si bien qu’aujourd’hui, nous sommes face à un désert de pensée, avec tous les risques de désintégration de la vie sociale.

Des centaines d’associations, de Think-Tanks, de blogues, à travers le monde, y consacrent de nombreuses études. Mais dans nos vies quotidiennes, qu’en est-il?

À quoi bon ajouter d’autres commentaires, qui ne feraient que reprendre ce qui a déjà été dit?

  • Parce que nous avons abandonné la signification concrète des mots. Nous les habillons avec des idées, selon l’ambiance sociétale du moment (L’esprit du temps!).
    • Ces idées n’ont rien à voir avec la signification stricte des mots en question. Sous prétexte de modernisme ou de progrès ambiant, nous attribuons, à certains mots, un sens qu’ils n’ont pas, ce qui crée de la confusion, de l’incompréhension, et des conflits.

Quelques définitions sommaires :

Civisme : respect du citoyen pour la collectivité, par son attitude envers les lois, ce qui développerait la convivialité au sein de la société.

Or de plus en plus, le civisme dérive vers la notion de patriotisme (alors qu’en réalité il concerne d’abord les droits et les devoirs envers la Cité, pour y vivre en harmonie). Il est aussi de plus en plus assimilé à une forme de laïcité en remplacement d’une morale, qui rappellerait trop la religion.

Éthique : normes et valeurs à caractère philosophique, tendant à définir un cadre de ce qui devrait être, sur le plan moral. L’Éthique est quelque chose de très subtil. Elle est en quelque sorte au-dessus de la morale. On la réduit trop souvent par confusion, avec la déontologie, qui concerne certaines activités professionnelles.

Morale : face aux dizaines de définitions de ce mot, nous pouvons retenir que la morale édicte l’ensemble des règles de comportement de l’homme, en rapport à sa propre dignité, et envers ses congénères.

Liberté de conscience : Liberté de pensée, Liberté de croyance,
L’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, affirme: “Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion”.

Liberté d’opinion : Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789.
Toute personne est libre de penser selon son propre esprit, dans le respect d’autrui.

Citoyenneté : c’est la reconnaissance de la qualité de citoyen accordée au résident d’un pays, d’une ville, lui donnant des droits, et lui imposant des devoirs, envers la communauté, dans laquelle il vit.

Devoirs du citoyen : il s’agit d’abord du respect des lois de la communauté à laquelle le citoyen appartient. C’est pourquoi les adeptes authentiques du civisme, évoquent les droits de l’homme, ET les devoirs du citoyen, pour définir la qualité de citoyen.

Droits de la personne/du citoyen : vivre librement, en sécurité, avec des variantes selon les pays. Droit de vote, protection sociale, le tout en général garanti par la loi.

Laïcité : Elle repose en France principalement, sur le principe de séparation des institutions religieuses et des institutions de l’État. Elle garantit la liberté de croyance. Mais de plus en plus, elle est affichée comme enjeu politique, et sème un esprit anticlérical.

L’honneur : demeurer toujours digne dans l’action par rapport à soi-même, et ne jamais porter atteinte volontairement à autrui.

Le respect : Accepter les différences de l’autre, savoir apprécier ses qualités.

La vertu : Disposition d’esprit à agir avec générosité, abnégation, en référence aux valeurs universelles

Le courage : force de caractère qui permet d’affronter la souffrance, les dangers et l’adversité.

Le dévouement : pratiquer l’altruisme sans compter, pour une cause particulière, ou pour une personne, qui a besoin d’aide.

Nous pourrions encore compléter cette liste avec l’abnégation, la sincérité, la bienveillance, la droiture, et chacun pourra la compléter à sa convenance

Les vérités universelles :

Dans sa troisième conférence de Lahore du 12 novembre 1897 sur le Védânta, Swami Vivekânanda évoqua les vérités qui subsistent à jamais:

“Il y a des vérités qui ne sont vraies que dans un certain sens, dans une certaine direction, et pour une certaine époque : ce sont celles qui reposent sur les institutions du moment. Il y a d’autres vérités, qui ont pour base la nature même de l’homme, et elles doivent durer aussi longtemps que durera l’homme. Seules ces vérités-là peuvent être universelles…”

Au-delà de ces vérités universelles, il développait ensuite un propos appliqué à l’Inde et un autre à l’Occident, en expliquant avec sagesse et pertinence, que les concepts diffèrent d’un pays à l’autre, d’un horizon à l’autre.

Il y a 2700 ans déjà, Zarathoustra enseignait d’avoir des pensées pures (Humata), de prononcer des paroles pures (Hûkhta), et d’accomplir des actions pures (Hvarshta).

Comment se fait-il que nous ne parvenions pas à comprendre, à accepter les enseignements de ceux que nous avons nommés, les Grands Initiés, les Maîtres à penser, d’où qu’ils viennent?

Depuis des millénaires, l’homme tente d’organiser la vie sur terre. Les civilisations se chevauchent les unes sur les autres, et s’éteignent toutes les unes après les autres, hormis l’extraordinaire résilience du peuple juif, malgré un acharnement historique à vouloir le détruire.

  • Quels que soient les personnages venus réformer leur siècle, des plus grands aux plus humbles, quelle que soit la présentation de leurs enseignements, sous forme de religion, de philosophie, d’idées politiques, tous ont tracé les voies de la vie en société.

La civilisation sapiens arrive aujourd’hui à bout de souffle, parce qu’elle refuse de regarder face à face :

  • L’individualisme dans lequel nous vivons,
  • La question du bien et du mal,
  • L’esprit de séparation, qui nous caractérise.

Nous croyons, être séparés de tout (parce que nous existons individuellement), alors que nous sommes inexorablement liés à tout ce qui vit sur cette planète et au-delà!

Voilà pourquoi tous les discours actuels sur le civisme engendrent finalement de nouvelles fractures, de nouveaux égoïsmes, parce qu’ils ne tiennent pas compte de notre interdépendance à la vie, au sens le plus global du terme.

La plus grande séparation, que nous ayons mise en place est, la cassure du lien entre notre verticalité et notre horizontalité. Le Père Prosper Monier disait : “Nous avons inventé un monde qui n’existe pas!”

Pourquoi le civisme rencontre-t-il si peu de succès dans le monde ?

Parce que TOUTES les valeurs et les vérités “universelles”, que nous connaissons aujourd’hui, ont d’une manière ou d’une autre, une origine spirituelle, et notamment biblique, depuis la nuit des temps noahides, et abrahamiques.

Ensuite ces valeurs/vérités ont été déclinées selon les civilisations, qui les ont adaptées, à l’aune de leur sensibilité, en Perse, en Babylonie, en Égypte, en Grèce, à Rome, en Europe, en Asie et dans le monde entier.

Sous-prétexte de se libérer du poids trop pesant du dogmatisme religieux, elles ont été peu à peu vidées de leur substance spirituelle.

Sur la question du bien et du mal, au-delà des réflexions à conduire sur ce thème, je dirais que le plus effrayant actuellement, c’est la banalisation et l’acceptation tacite de la violence, de la haine gratuite, et de toutes les barbaries contre lesquelles très peu de pays luttent sincèrement. Pourquoi?

  • Parce que nous traitons le mal comme une entité absolue, qui règne sur le monde!
  • Or le mal auquel nous faisons allusion est la conséquence des actions millénaires, que nous avons générées. L’homme est le résultat de ses propres actes.
  • Zarathoustra (à nouveau), enseignait qu’il est deux esprits dans la création, l’un bon, l’autre contraire (Il n’employait jamais le mot mal.)
    ”Sachez qu’il est deux esprits, l’un est bon, l’autre contraire, qui remplissent les pensées, les paroles et les actes, que les Justes reconnaissent toujours avec certitude, mais que les méchants confondent!” (Gatha Ahounavaïti XXX, strophe 3)

Un principe essentiel :

– Celui qui exerce des responsabilités se doit à ceux qu’il dirige, et nous devrions dire en réalité à ceux qu’il sert! Autrement dit, le supérieur hiérarchique, (s’il a la capacité de commander), se doit à ses subordonnées, auxquels il devrait dire : “je suis votre obligé”!

Aujourd’hui, nous vivons exactement le contraire. Les subordonnées sont les sujets du supérieur hiérarchique.

Qu’ils dépendent de son savoir-faire, de son génie stratégique, est une chose, s’il est capable de l’exprimer avec justesse, mais que le fruit du travail soit accumulé dans une seule direction, constitue non seulement une aberration, mais une faute morale grave. Il n’y a aucune réflexion doctrinale, ou idéologique dans ce propos, mais simplement une interpellation de bon sens.

Nous sommes tous interdépendants les uns des autres, comme les cellules du corps humain sont interdépendantes et connectées les unes aux autres.

Peut-on imaginer que certaines cellules accaparent plus d’énergie qu’elles n’en ont besoin, au dépend des autres? Le seul résultat dans ce cas, serait la maladie…

Naturellement certains verront dans ce propos, un discours syndical!
Et pourtant, le Livre des proverbes, Le Livre de la Sagesse, regorgent de pensées et de suggestions, que seul notre obscurantisme refuse de voir.

À bien y regarder, le civisme est certainement l’une des plus anciennes formes de convivialité, de sociabilité, permettant de proposer aux femmes et aux hommes de toutes conditions, de bâtir une société harmonieuse, quelles que soient leurs convictions, philosophiques, religieuses, leur éducation, leur situation économique, leur génération.

MAIS, s’il est fait abstraction de l’appartenance religieuse dans les valeurs civiques, il est parfaitement injuste et grave de les couper de leur source, ce qui nous ramène une fois encore à la verticalité et à l’horizontalité :

  • Le civisme ne peut pas se développer ex nihilo dans l’horizontalité, sans accepter la verticalité des valeurs auxquelles il se réfère.
  • Par ailleurs il faut souligner que les valeurs morales abordées dans le civisme, s’adressaient à la famille et à l’individu, base de la collectivité.

Qu’il s’agisse par exemple, (pour être très éclectique) de Lao Tseu, de Confucius, de la Règle de Benoît de Nurcie, de Michel de Montaigne, du Code d’Hammourabi ou du Code des Samouraïs, tous font référence, avec les nuances propres à leur culture, à une inspiration spirituelle.

La Clef

Au siège des Nations Unies, sont gravés les mots des Prophètes Isaïe et de Michée: «Ils briseront leurs épées pour en faire des socs de charrues, leurs lances pour en faire des serpes; une nation ne lèvera pas l’épée contre une autre nation, et l’on n’apprendra plus l’art de la guerre.»

  • Qu’avons-nous fait depuis le 24 octobre 1945?
  • Quelles ont été nos priorités?
  • Vers quelles évolutions géopolitiques nous dirigeons-nous?
  • Nous sommes-nous occupés les uns des autres?
  • Qui peut aujourd’hui donner des leçons de civisme, face au déferlement d’esprit contraire, qui se répand de toute part?
  • Comment nos États traitent-ils les pauvres, les personnes âgées, les enfants en difficulté? Qu’en serait-il sans les milliers de bénévoles qui œuvrent dans le monde associatif?
  • L’intelligence de l’altruisme nous permettra-t-elle d’endiguer l’esprit de domination, de concurrence aveugle, qui nous gouverne à ce jour?
  • Lorsque nous retrouverons le chemin du cœur, pour nous occuper de nos aînés avec le dévouement qu’ils méritent,
  • Lorsque nous saurons à nouveau accompagner nos enfants avec l’éducation qu’ils attendent de nous,
  • Lorsque nous aimerons la terre, qui nous porte, dans l’immensité de l’univers,
  • Lorsque nous saurons coopérer et organiser notre progrès ensemble, et non plus comme des prédateurs,
  • Le civisme sera une seconde nature pour l’homme, une évidence de comportement, nous aurons rétabli notre relation à la vie, notre relation à l’autre…

La clef: TOUT passe par la conscience de l’homme, au-dessus de l’histoire des Nations.